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Histoire

  • Histoire de fromage

    La célèbre phrase attribuée au général de Gaulle " Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromages? " montre combien les identités régionales sont associées à des patrimoines fromagers qui semblent s’enraciner dans une histoire très ancienne.

    Quand Émile Zola écrit le Ventre de Paris (1873), roman dans lequel il fait la description des fromages et de leurs odeurs (" cacophonie de souffle infect "), la cartographie des fromages consommés par les populations urbaines (et aisées) vient de se mettre en place. Nous sommes au début de la Troisième République, à l’époque même où l’industrialisation des campagnes entraîne la disparition lente mais inéluctable de savoir-faire familiaux et d’outils traditionnels de la transformation fromagère en bois, vannerie et céramique.

    Le patriotisme (ou chauvinisme) fromager peut nous rendre insupportables auprès des Italiens, des Suisses, des Hollandais et même de nos voisins de Grande-Bretagne et d’Irlande qui ont, eux aussi, une riche histoire laitière et fromagère. Une histoire qui s’inscrit dans la longue durée et qui est autant technique que sociale et culturelle, avec des représentations mentales qui rattachent les qualités (et les défauts) d’un produit laitier à celles du peuple qui le fabrique et le consomme.

    Ainsi, dans l’Antiquité, l’encyclopédiste romain Pline l’Ancien (Ier siècle après notre ère) écrivait dans son Histoire naturelle que les barbares ne connaissent pas le fromage et transforment le lait uniquement pour en faire du beurre et du lait fermenté. Une partie de cette assertion est vraie – les Celtes avaient une appétence particulière pour le beurre –, mais nous avons toutes les preuves qu’ils produisaient aussi du fromage: des faisselles en céramique découvertes en différents lieux et différentes époques de l’Europe celtique, et les analyses des fèces fossilisées d’un mineur du Vᵉ siècle avant notre ère d’une galerie à sel du Hallstatt (Autriche) qui ont révélé qu’il avait mangé un bleu (et bu de la bière).

    Non seulement les Celtes connaissaient les techniques de la transformation fromagère, mais il s’avère qu’ils avaient domestiqué des souches de penicillium roqueforti alors que nous pensions que les fromages persillés n’étaient apparus qu’un millénaire plus tard, au Moyen Âge.

    L’affirmation de Pline ne repose pas sur une réalité historique mais sur un jugement de valeur qui vise à opposer les hommes civilisés aux barbares par le truchement des produits alimentaires. Du côté de la civilisation l’huile d’olive, le vin et le fromage, du côté de la sauvagerie les graisses animales (beurre et saindoux) et la bière. Quant à la consommation de lait fermenté par les barbares, voici ce qui explique leur aspect pâle et leur simplicité enfantine, car des hommes adultes ne doivent pas boire de lait, ce liquide suspect car issu d’un corps féminin…

    UNE HISTOIRE PLEINE D’INVENTIONS

    De l’Antiquité à l’époque actuelle, l’histoire de la fromagerie et des fromages est faite d’exagérations, d’inventions. Sur la page Wikipédia consacrée au brie, il est écrit que celui-ci existait avant l’invasion romaine… sans la moindre preuve, mais il s’agit de sanctuariser ce fromage comme le plus ancien de France, et donc de le faire remonter à " la plus haute Antiquité ", qu’importe la réalité historique.

    Pour s’échapper du labyrinthe des mythes fromagers, il faut croiser les sources historiques, archéologiques et ethnographiques. Ce n’est pas une carte figée de terroirs fromagers immuables qui apparaît alors, mais des réalités diverses et mouvantes au cours du temps jusqu’à ce que s’imposent dans certaines régions des fromages à la grande réputation, recherchés par une clientèle urbaine. Tel le brie puis, bien plus tard, le camembert, dans la catégorie des fromages à croûte fleurie.

    Comme l’arbre qui cache la forêt, ces fromages nobles nous font oublier qu’existait autrefois une variété extraordinaire de fromages domestiques faits avec de la présure animale et végétale (dont des plantes carnivores), des fromages maigres, gras, crémeux, frais, affinés selon des méthodes très variées, fumés, à la croûte lavée avec du vin, de la bière, du cidre, de l’alcool fort, aromatisés avec des plantes aromatiques comme le cumin (voire avec du marc de café au XIXᵉ siècle). Des fromages différents d’une localité à l’autre et d’une ferme à l’autre, avec nombre de spécialités qui ont disparu à différentes époques. Le bréhémont, le clayn, le chalamon, le craponne représentaient des fromages renommés à la fin du Moyen Âge, dont certains qui étaient des produits de luxe.

    Sur les tables de la clientèle aisée figuraient les denrées les plus estimées, les meilleures de leurs catégories. Et parmi celles-ci les fromages réputés pour leurs qualités diététiques, dont le fromage salé d’Auvergne et le fromage de Lombardie (le parmesan). Mais qu’en était-il de leurs qualités gustatives? Il est en fait difficile de le savoir, sachant que la plupart de ces fromages étaient destinés à être cuisinés, râpés pour les fromages durs et fondus pour les fromages mous et gras. Quant aux fromages très frais, comme la jonchée ou la caillebotte, ils servaient à confectionner des tartes ou se consommaient en dessert (avec du miel puis plus tard de la confiture) et de l’alcool pour les hommes.

    Ce n’est que progressivement que s’instaure la pratique du fromage de service (servi tel quel à table), évolution qui marque une valorisation de certains fromages qui ne sont plus seulement l’ingrédient de divers plats, mais deviennent un aliment à part entière, digne d’être présenté en fin de repas. Les goûts et aspects des fromages du passé étaient différents de ceux que nous connaissons actuellement, pour des raisons à la fois techniques et culturelles. C’était le cas des bries au Moyen Âge mais aussi, plus proche de nous, des camemberts au XIXᵉ siècle dont la croûte virait du gris bleuté au gris vert avec des taches ocres.

    Habitués à des catégories bien définies de fromages, nous serions perplexes face à l’infinie diversité des fromages rustiques du passé, bien plus nombreux que dans la citation attribuée au général de Gaulle.

  • Notre magnifique Canal du Midi à 350 ans!

    J'habite au nord de Toulouse, tout près du canal latéral à la Garonne, ou canal de Garonne.

    C'est un canal latéral de petit gabarit datant du XIXe siècle, qui relie Toulouse à Castets et Castillon (Gironde) près de Bordeaux, où il rejoint la Garonne.

    Il est l'indispensable prolongement du canal du Midi, offrant des conditions de navigation plus sûres et plus confortables que l'ancienne navigation sur le fleuve( Garonne), souvent soumise aux périodes de fort étiage ou de crue.

    Le canal est ouvert en totalité à la navigation le 12 mars 1856.

    Avec le canal du Midi qui relie Toulouse à Sète, il forme le canal des Deux-Mers entre la Méditerranée et l'océan Atlantique.

    Les deux canaux se confluent aux Ponts Jumeaux, une merveille à voir absolument si vous visitez Toulouse

  • Tout savoir sur le champagne

    Star des réveillons et des célébrations, le champagne s'invite dans nos coupes pour les fêtes de fin d'année. Mais au-delà de sa réputation d'exception et de son effervescence caractéristique, que connaissons-nous vraiment du champagne?

    De la légende de Dom Pérignon aux études contemporaines sur les effets du champagne sur la santé, découvrons les atouts et les particularités de ce vin effervescent qui fait rayonner le savoir-faire français à travers le monde.

    HISTOIRE DU CHAMPAGNE

    L’invention du champagne remonte au XVIIe siècle. Son inventeur présumé, le moine cellérier Dom Pérignon, aurait dit à ses frères moines après sa première dégustation: "Venez vite, je goûte les étoiles". Ces fameuses bulles sont induites par la "prise de mousse", c’est-à-dire la transformation contrôlée d’un vin tranquille en un vin effervescent

    Historiquement, dans la région champenoise, la viticulture s'est implantée dès l'époque romaine.

    Le plus ancien vigneron rémois attesté par les archives est Saint Remi, évêque de Reims, dont le testament daté d'environ 530 fait mention de cinq parcelles de vignes.  L'effervescence des vins de Champagne est apparue dans le dernier tiers du XVIIe siècle avec l'adoption de la mise en bouteille, qui offrait une meilleure conservation que les tonneaux. Les sucres et levures encore présents dans le vin déclenchaient la reprise de la fermentation au printemps.

    Pour contenir la pression de ces vins pétillants, il fallait des contenants robustes: c'est en Angleterre que furent créées, à la fin du XVIIe siècle, des bouteilles en verre noir épais, rapidement adoptées en France sous une forme piriforme de couleur vert foncé ou ambrée.

    Durant tout le XVIIIe siècle, le champagne est demeuré un produit rare. L'arrivée du chemin de fer au siècle suivant a bouleversé le marché: face à la concurrence des vins méridionaux bon marché vendus à Paris, la production de vin rouge champenois a décliné. La région s'est alors progressivement orientée vers une viticulture d'excellence consacrée au champagne, dont la réputation et les débouchés commerciaux connaissaient une forte expansion.

    Les premières maisons de champagne ont vu le jour sous Louis XV: Ruinart (1729), Chanoine (1730), Forest-Fourneaux (1734), Moët (1743), Delamotte (1760), Clicquot (1772)...

    À compter de 1887, le phylloxéra a dévasté le vignoble champenois. La seule solution efficace fut de replanter entièrement les vignes en greffant sur des porte-greffes américains résistants. Les dernières parcelles produisant des vins rouges de consommation courante ont alors disparu au bénéfice exclusif de celles destinées au vin effervescent.

    En 2024, la France consomme un peu moins de la moitié des bouteilles de champagne produites, et 56% sont exportées. Les principaux pays consommateurs de champagne dans le monde sont, après la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon.

    BULLES ET NUTRITION

    Le champagne renferme un peu plus de glucides que le vin, pour un apport énergétique similaire (environ 80 kcal pour 100 g).

    CHAMPAGNE ET SANTE

    Comme tous les alcools, le champagne a des effets bénéfiques pour la santé à condition d’être consommé avec modération et dans le cadre d'une alimentation par ailleurs équilibrée. Dans les études, le champagne est souvent assimilé à un vin blanc.

    MORTALITE ET MALADIES CHRONIQUES

    Une étude récente qui a analysé les données de 500 000 personnes de la UK Biobank, démontre que la relation entre mortalité et consommation d’alcools – vin rouge, champagne et vin blanc – se présente sous la forme d’une courbe en U: la mortalité la plus faible est observée pour une consommation faible à modérée (3). Dans la même étude, les spiritueux étaient associés au risque de maladies cardio-vasculaires, tandis que le vin rouge, le champagne et le vin blanc, la bière, présentaient une relation en forme de U pour ce risque. Pour ces auteurs, la consommation de champagne et de vin blanc devrait rester inférieure à cinq verres par semaine. Les boissons alcoolisées à des doses sûres ont montré un effet protecteur contre des maladies telles que le diabète, la dépression, la démence, l'épilepsie, la cirrhose du foie et d'autres maladies digestives, sans augmenter le risque de cancer.

    DE POTENTIELS EFFETS SUR LE CERVEAU

    Même si les vins blancs contiennent généralement moins de polyphénols antioxydants que les vins rouges, ils ne sont pas dénués d’intérêt. Le champagne renferme de grandes quantités d’acide phénolique, un antioxydant connu pour protéger les cellules des dommages causés par les radicaux libres.

    Des chercheurs de l’université de Reading (Grande-Bretagne) ont testé la capacité de différents extraits de champagne à protéger les neurones contre les attaques de radicaux libres "azotés" appelés peroxynitrites.

    Résultats: même à basse concentration, certains extraits protègent significativement des attaques radicalaires. Cet effet serait lié à la présence de tyrosol, d’acide caféique et d’acide gallique.

    Dans le cadre d’une étude sur les comportements liés à la consommation d’alcool, des chercheurs français du CHU de Nîmes ont étudié les effets du champagne et du vin blanc non gazéifié sur la sécrétion de quatre neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine, cholécystokinine et bêta-endorphine) de 40 jeunes volontaires.

    Résultats: le champagne, à la différence du vin blanc, entraîne une augmentation significative de la sécrétion de dopamine, un neurotransmetteur stimulateur impliqué dans les comportements d’éveil, de découverte et de vigilance. Selon les chercheurs, cet effet ne serait pas lié à l’alcool mais aux autres composés présents dans le champagne.

    Une autre étude, sur les rongeurs, parue dans le journal Antioxidants et redox signaling, indique qu’une consommation modérée de champagne pourrait améliorer la mémoire de travail visuo-spatiale grâce à ses composés phénoliques (en particulier l’acide gallique, l’acide protocatéchuique, le tyrosol, l’acide caftarique et l’acide caféique). L’alcool seul n’a pas entraîné d’amélioration.

    Globalement, les études ne sont pas assez nombreuses, surtout chez les humains, pour conclure à un quelconque effet positif sur le cerveau d’une consommation modérée de champagne. C’est un bénéfice qui reste potentiel et nécessite plus d'investigations.

    Ses bulles accélèrent la montée de l’ivresse

    Les bulles de champagne contribuent-elles à l’ivresse que procure cette boisson festive? Apparemment, oui. Des chercheurs ont comparé les effets d’un champagne dégazé, sans bulle, à celui d’un champagne normal, sur l’alcoolémie et le comportement psychomoteur de 12 personnes. Leur verdict: la présence de bulles de dioxyde de carbone dans le champagne augmente significativement le taux d’alcool dans le sang… et le temps de réaction des volontaires!

    ROSE, IL EST MEILLEUR POUR LA SANTE

    Le resvératrol est un polyphénol trouvé en très grandes quantités dans la peau des grains de raisin et dans le vin rouge. Il a fait l’objet de nombreuses recherches car il présenterait de multiples propriétés, anti-cancer, anti-Alzheimer, antidiabète et antivieillissement.

    Des chercheurs de la faculté de Reims ont dosé le contenu de divers champagnes en resvératrol . Alors que le champagne est issu pour ¾ de raisin rouge, les analyses montrent qu’il contient très peu de resvératrol, de 0,02 à 0,77 mg/L.

    L’explication? Le mode de pressurage des raisins de Champagne n’extrait pas le resvératrol. En revanche, le champagne rosé, issu de l’assemblage de vins blancs et de vins rouges (Côteaux champenois) a des teneurs en resvératrol 10 fois plus élevées, allant de 0,186 à 0,642 mg/L. À titre de comparaison, le vin rouge contient entre 0,3 et 2,1 mg de resvératrol/L. Autre découverte: quand le champagne vieillit, les phénomènes d’oxydation des composés phénoliques entraînent une diminution des teneurs en resvératrol.

    De même, les champagnes rosés contiennent plus d’acides phénoliques que les blancs. Mais les plus fortes teneurs en polyphénols se trouvent dans les champagnes réalisés avec du Chardonnay, selon une étude de 2019.

    DE POSSIBLES PROPRIETES ANTI-INFLAMMATOIRES

    En raison de sa teneur en polyphénols, le vin rouge possède un effet anti-inflammatoire plus important que des boissons comme le gin qui n’en contient pas. Des chercheurs barcelonais ont voulu savoir ce qu’il en était des boissons intermédiaires comme le cava, un vin blanc mousseux produit en Espagne selon la méthode champenoise, en comparant ses effets à ceux du gin.

    Leur conclusion: les deux boissons possèdent des propriétés anti-inflammatoires mais pour le cava, l’effet est nettement plus important, probablement en raison de ses teneurs en polyphénols.

    BON POUR LES VAISSEAUX?

    De nombreuses études font état d’un lien entre une consommation modérée d’alcool, et de vin rouge en particulier, et une meilleure santé cardio-vasculaire. Un essai contrôlé randomisé a évalué les effets de la consommation de champagne sur la fonction endothéliale (la bonne santé des vaisseaux sanguins) par rapport à un autre alcool similaire dans sa teneur en alcool, glucides et composés dérivés des fruits.

    Résultats: les deux alcools ont amélioré la fonction endothéliale de manière similaire, 4 heures après la consommation. En revanche, seul le champagne a maintenu cette amélioration 8 heures après avoir été bu. Pour les chercheurs, cela suggère que " la consommation modérée de champagne pourrait améliorer le flux sanguin des microvaisseaux sur une période soutenue, via le maintien local du taux d'oxyde nitrique (NO)".

    LE CHAMPAGNE EN CUISINE

    Outre l’utilisation du champagne pour réaliser des cocktails, la boisson pétillante apporte une touche d’exception aux plats de fêtes, en remplacement du vin blanc par exemple dans les plats de poisson, ou dans des desserts raffinés.

    Par Priscille Tremblais - Journaliste scientifique

     

     

  • HISTOIRE D’UNE TRADITION FRANÇAISE

    photo: bûche tradition des années 50

    LA BUCHE DE NOËL 

    La bûche de Noël est aujourd’hui un dessert incontournable des fêtes, mais ses racines sont bien plus anciennes, et son évolution depuis les années 1950 raconte aussi l’histoire des familles françaises, de leurs goûts et de leurs modes de vie.

    ORIGINE LOINTAINE : LA VRAIE BUCHE, CELLE QUI BRULE

    Avant d’être un gâteau, la bûche de Noël était… une vraie bûche de bois.

    Dès le Moyen Âge, on choisissait le plus gros tronc possible pour le faire brûler dans l’âtre la nuit de Noël. Cette bûche:

    devait brûler lentement pour protéger la maison,

    était parfois bénie par le chef de famille,

    apportait chance, prospérité et chaleur pour l’année à venir.

    Les cendres étaient conservées pour porter bonheur ou protéger les champs.

    LA BUCHE PATISSIERE : SA NAISSANCE

    La tradition culinaire apparaît vers le XIXᵉ siècle, probablement à Paris.

    Des pâtissiers ont l’idée de reproduire la fameuse bûche en gâteau, roulé et décoré de crème au beurre, d’écorces d’oranges confites, et de petites figurines en sucre.

    QUAND J'ETAIS ENFANT

    La bûche dans les années 1950: tradition simple et familiale

    Dans la France d'après-guerre, la bûche de Noël est déjà bien installée, mais elle a une forme et un style bien distincts:

    Gâteau roulé presque toujours (génoise simple, parfois un biscuit un peu sec).

    Crème au beurre en garniture et décoration : chocolat, café ou praliné.

    Décor très rustique: stries faites à la fourchette, sucre glace imitant la neige, parfois quelques marrons glacés.

    Petites figurines en plastique dur: bûcheron, champignons rouges, Père Noël, scierie miniature.

    Fabrication maison fréquente: beaucoup de familles la préparaient la veille de Noël, faute de moyens ou par tradition.

    Peu de déclinaisons : une ou deux versions par pâtisserie, maximum.

    L’idée n’était pas la sophistication, mais la convivialité. La bûche symbolisait la chaleur retrouvée au cœur de l’hiver.

    LA BUCHE DE NOËL EN FRANCE AUJOURD’HUI: CREATIVITE ET MODERNITE

    La bûche contemporaine n’a parfois plus grand-chose à voir avec celle des années 1950.

    Explosion de créativité: mousse légère, ganache montée, croustillant, insert fruité…

    Formes variées: design épuré, cylindres parfaits, entremets rectangulaires, "bûches inversées".

    Couleurs et textures modernes: glaçage miroir, flocage velours, effets marbrés.

    Bûche glacée extrêmement populaire, surtout dans les familles nombreuses ou en fin de repas.

    Parfums innovants: yuzu (genre de pamplemousse), pistache, caramel-beurre salé, mangue-passion, spéculoos… Les grands chefs ou pâtissiers: parfois, on se demande…

    La plupart des Français achètent leur bûche chez un artisan ou en grande surface.

    Ainsi, la bûche de Noël a voyagé du foyer paysan à la pâtisserie de haute couture.

    Dans les années 1950, elle incarnait la simplicité, la chaleur domestique et la fête en famille. Aujourd’hui, elle est un symbole de gourmandise moderne, d’inventivité et de raffinement, mais continue malgré tout de rassembler les convives autour d’un moment sucré et partagé.

    Prochains articles: recettes simples de bûche

  • L’étonnante histoire de la fourchette

    De Byzance à nos tables: entre moqueries, scandales et châtiment divin

    Née dans l’Empire byzantin, adoptée en Italie puis diffusée en Europe grâce à des mariages royaux et à l’influence de grandes reines, comme Bonne Sforza (1494-1557) ou Catherine de Médicis (1519-1589), la fourchette est devenue au fil des siècles un symbole de propreté, de civilité et de raffinement.

    Aujourd’hui, on prend à peine conscience de saisir une fourchette. Elle fait partie d’un service de couverts standard, aussi indispensable que l’assiette elle-même. Mais il n’y a pas si longtemps, cet ustensile désormais bien banal était accueilli avec méfiance et moquerie, allant jusqu’à causer un scandale.

    Il a fallu des siècles, des mariages royaux et une pointe de rébellion culturelle pour que la fourchette passe des cuisines de Constantinople (l’actuelle Istanbul) aux tables d’Europe.

    UN USTENSILE SCANDALEUX

    Les premières versions de la fourchette ont été retrouvées dans la Chine de l’âge du bronze et dans l’Égypte antique, bien qu’elles aient probablement servi surtout à la cuisson et au service des aliments. Les Romains disposaient de fourchettes élégantes en bronze et en argent, mais là encore principalement pour la préparation des repas.

    Manger avec une fourchette – surtout une petite fourchette personnelle – restait rare. Au Xe siècle, les élites byzantines l’utilisaient librement, choquant leurs invités venus d’Europe occidentale. Et vers le XIe siècle, la fourchette de table commença à faire son apparition lors des repas à travers l’Empire byzantin.

    En 1004, Maria Argyropoulina (985–1007), sœur de l’empereur Romanos III Argyros, épousa le fils du Doge de Venise et provoqua un scandale en refusant de manger avec ses doigts. Elle se servait d’une fourchette en or. Plus tard, le théologien Pierre Damien (1007–1072) déclara que la vanité de Maria, qui utilisait des "fourchettes en métal artificiel" au lieu des doigts donnés par Dieu, avait provoqué le châtiment divin de sa mort prématurée, survenue dans sa vingtaine.

    Pourtant, au XIVe siècle, la fourchette était devenue courante en Italie, en partie grâce à l’essor des pâtes. Il était beaucoup plus facile de manger des filaments glissants avec un instrument à dents qu’avec une cuillère ou un couteau. L’étiquette italienne adopta rapidement la fourchette, surtout parmi les riches marchands. Et c’est par cette classe aisée que la fourchette fut introduite dans le reste de l’Europe au XVIe siècle, grâce à deux femmes.

    LE ROLE DE BONNE SFORZA

    Née dans les puissantes familles Sforza de Milan et d’Aragon de Naples, Bonne Sforza (1494–1557) grandit dans un monde où les fourchettes étaient utilisées et, mieux encore, à la mode. Sa famille était rompue aux raffinements de l’Italie de la Renaissance: l’étiquette de cour, le mécénat artistique, l’habillement ostentatoire pour hommes et femmes, et les repas élégants.

    Lorsqu’elle épousa Sigismond Iᵉʳ, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie en 1518, devenant reine, elle arriva dans une région où les usages à table étaient différents.

     

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